Compains

Histoire d'un village du Cézallier

– Moulins et meuniers.

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MOULINS et MEUNIERS à COMPAINS

du MOYEN ÂGE au XIXe siècle

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Que reste t-il de nos moulins ?

     Introduire le sujet des moulins de Compains c’est d’abord constater que le croisement des vestiges du patrimoine bâti et des sources archivistiques est largement à l’avantage de ces dernières. En effet, les petites structures d’une technique rudimentaire dressées à l’économie sur les ruisseaux d’un pays pauvre n’ont laissé que peu de traces au chercheur du XXIe siècle, y compris s’agissant des moulins seigneuriaux. A l’exception du moulin de Barbat, plus récent, les traces ultimes des moulins sont aujourd’hui presque totalement effacées et partout la nature a repris ses droits. A peine peut-on distinguer le long de la Couze et de la Gazelle de modestes tas de pierres qu’un ancien du village nous a aidé à débusquer sous la végétation qui les dissimulait.

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Des conditions d’exploitation difficiles

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  • Des cours d’eau de faible débit

      Non navigables, les cours d’eau de la commune étaient néanmoins – si l’on peut dire – moulinables, au point qu’on trouvera une dizaine de moulins à Compains au XIXe siècle. Dans la paroisse haute, cinq ruisseaux accueillaient des moulins : la Couze, la Gazelle, le ruisseau des Règes dit aussi ruisseau de Brion, le ruisseau dit « L’Eau derrière » qui bornait la seigneurie à l’est et un ruisselet à Chaumiane. Dans la paroisse basse, on ajoutera le ruisseau d’Entraigues qui portait un moulin près du château d’Entraigues ; le moulin d’Entraigues bénéficiait de l’apport de plusieurs ruisseaux, dont celui issu du Lac de La Fage. On trouvera également un moulin sans meunier à Moudeyres.

     Dans le périmètre de la commune, même les principaux cours d’eau – la Couze et la Gazelle – sont plus proches du gros ruisseau que de la rivière. La Couze, née entre le Puy de la Vaisse et Escouailloux, est encore près de sa source et donc peu fournie dans sa traversée du bourg avant de s’enfoncer dans les espaces forestiers difficilement accessibles situés au pied des contreforts du Cézalier ; pourtant, entre la source de la Couze et le bourg on trouvera trois moulins au XIXe siècle. Quant à la Gazelle qui prend sa source au nord du Montcineyre avant de recevoir les eaux issues de l’émissaire du lac de Bourdouze, ses eaux qui cascadent dans une gorge sont d’un faible débit qie l’administration estimait au début du XXe siècle au tiers de celui de la Couze. Enfin, défavorisant les moulins de Compains, la Gazelle affluent de la Couze, ne s’y jette qu’à l’entrée de la commune du Valbeleix. Des handicaps qui conduisaient à un usage intermittent des moulins.

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  • Des moulins d’un usage saisonnier

      A ces faibles débits naturels il faut ajouter la variabilité des cours d’eau. Hiver comme été, la nature venait compliquer les conditions d’exploitation des « usines », nom donné aux moulins dans la région. Bien que les fonts (sources) et les ruisseaux soient omniprésents, l’eau qui n’était déjà pas abondante avait un débit sporadique qui la rendait peu apte à répondre aux besoins permanents des meuniers. Cette indigence saisonnière du débit rendait l’exploitation des moulins irrégulière et de ce fait peu rentable. La force motrice de la Couze, de la Gazelle ou même du petit ruisseau des Règes ne faisait tourner les meules l’été qu’à condition que ne sévisse pas la sécheresse. L’hiver, les cours d’eau encombrés par les glaces et la neige paralysaient les moulins et les contraignaient à chômer parfois durant des semaines.

Mais pourquoi ne rencontrait-on aucun moulin à vent à Compains ?

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  • Des usines victimes des « vents généraux« 

      Les moulins pâtissaient non seulement d’évènements climatiques souvent extrêmes, mais aussi d’un régime des vents peu favorable et particulier à l’Auvergne qui manque de vents dominants. Presque partout, le régime erratique des « vents généraux » (principaux) rendait les moulins à vent inopérants. Pour décrire ces vents contraires, Lefèvre d’Ormesson, intendant d’Auvergne écrivait en 1697 « il n’y a pas un moulin à vent [en auvergne] quoy qu’on ait tenté d’en établir, parce qu’un moment après qu’un vent s’est déclaré il est contrarié par un autre qui non seulement arreste l’effet du premier, mais aussy qui rompt les tournans et abat les moulins » (tournant : ailes des moulins à vent, mais aussi roues de moulins à eau [A. Poitrineau). On ne rencontrera donc que des moulins hydrauliques à Compains.

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  • Des moulins techniquement sommaires

      Rendus peu rentables par ces conditions naturelles, la plupart des moulins des montagnes occidentales étaient dès lors de petits moulins à eau, d’une technique le plus souvent sommaire. Qu’ils soient dits fariniers, bladiers, à chanvre ou à huile pour ceux qui transformaient le chènevis, les moulins étaient de petites structures rudimentaires qui faisaient tourner soit une roue extérieure à aubes, soit le plus souvent une roue horizontale, un tournant qui n’entrainait qu’une à deux meules. Pour les protéger des rigueurs du climat, les roues étaient installées à l’intérieur du moulin et posées à plat plutôt que verticalement afin de limiter les risques d’interruption consécutifs aux intempéries. Ce type d’installation légère rendait le moulin capable de s’adapter aux lieux les plus difficiles, par exemple à Compains aux gorges de la Gazelle. Pour amener l’eau, on pratiquait le plus souvent une pélière rudimentaire (un barrage artificiel) qui détournait une partie des eaux pour alimenter le moulin. Bien qu’aucun texte ne vienne pour le moment l’avérer à Compains, certains empoissonnaient la retenue d’eau artificielle ainsi obtenue où, jusqu’à la Révolution, le seigneur pouvait exercer un droit de pêche.

      Propriétaires des voies d’eau qui traversaient leurs terres, les seigneurs y installèrent des moulins banaux (seigneuriaux) dès le Moyen Âge, on verra plus loin que le fait est avéré à Compains. Selon Chabrol, « la banalité n’est en Auvergne ni droit de fief, ni droit de justice, pourtant, prouvée par titres anciens elle est fréquente en montagne ». Il est probable que le seigneur de Brion ait détenu des titres anciens au Moyen Âge ; ce qui est sûr, c’est que la banalité du moulin, comme celle du four, fut une astreinte en vigueur à Compains jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Parmi les responsabilités d’intérêt général qui incombaient au seigneur dans sa châtellenie on trouvait la construction et le gros entretien des moulins, un sujet sur lequel nos sources sont pour le moment peu loquaces. Ce monopole seigneurial obligeait les paysans à utiliser les moulins banaux (seigneuriaux) pour traiter leurs produits agricoles, un service pour lequel le seigneur exigeait le paiement d’un droit de mouture.

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Le meunier

       Le meunier était un « pagès » (paysan) comme les autres. A ce titre, il devait payer le cens au seigneur qui faisait moudre son grain au moulin sans payer de droit de mouture et il devait assurer le petit entretien courant de son usine. Payé en nature au seigneur durant des siècles, le cens devint au fil du temps payable en argent, ce qui était contraire aux intérêts du meunier. Quant aux villageois clients du meunier, ils devaient le laisser prélever en nature son pourcentage en paiement de son travail. On verra que bien des meuniers devaient pour subsister pratiquer une activité agricole complémentaire à la meunerie. D’autres, qui manquaient de moyens pour prendre en charge un moulin, devaient s’associer.

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Au MOYEN ÂGE

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    Les textes du XIVe siècle montrent que les fiefs des Bréon situés à la périphérie du Cézalier bénéficiaient de plusieurs aménagements hydrauliques à Compains, près du château d’Entraigues, à Condat et vers l’Alagnon, à Mardogne et Saint-Anastasie.

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  • Deux moulins avérés dans la seigneurie de Brion aux XIIIe et XIVe siècles

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      Quand on avait procédé en 1280 au partage de l’héritage de Maurin de Bréon entre ses quatre filles, Marguerite de Bréon, épouse de Richard de Chaslus seigneur d’Entraigues, avait hérité des basses terres d’Entraigues, depuis le ruisseau de Graffaudeix à celui de la Loubanère (Loubino). On peut penser que le moulin seigneurial d’Entraigues situé à « la chau » et dit en 1349 « molendum del chau » près du château était resté entre les mains de Dauphine de Bréon, sœur aînée de Marguerite et épouse d’Itier de Bréon nouveau seigneur haut justicier de Brion quand elle avait reçu les hautes terres d’Entraigues avec les villages de Graffaudeix, Espinat et Redondel. L’hypothèse se vérifie en 1349 quand on retrouve ce moulin entre les mains du fils d’itier, Maurin de Bréon, alors qu’il est saisi d’une grande partie de ses terres au sud-ouest de Compains qui sont mises en la main du roi et vendues. Cette même année 1349, Maurin de Bréon donne à son baile Etienne de la Sala « gouverneur de la seigneurie de Brion », l’autorisation de moudre ses bleds au moulin seigneurial « liceat molere blada sua…in molendinus…dominus de Breone ». Les sources ne précisent pas s’il s’agissait d’un moulin situé au bourg, ou d’un moulin situé à Brion et installé sur le ruisseau des Règes proche du château.

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  • A Mardogne

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      Au sud de la Basse Auvergne, dans la seigneurie de Mardogne tenue aux XIIIe et XIVe siècles par les Bréon, la variabilité du débit de l’Alagnon – qu’on pouvait parfois traverser à gué de pierre en pierre –  posait aux meuniers les mêmes problèmes d’exploitation qu’à Compains. Des moulins apparaissent sur les terres des Bréon au pied du roc de Mardogne au Vernet près de Joursac, mais aussi non loin au moulin de Roche et à Sainte-Anastasie.

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  • Saccage du moulin des Saint-Nectaire à Marsol en 1328

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      Signe visible du pouvoir seigneurial, le moulin pouvait devenir la cible de la vengeance d’un mécontent, en l’occurrence Bertrand II de Saint-Nectaire, (époux de Dauphine de Bréon, tante de Maurin), voisin à Marsol de la seigneurie de Brion. Après que Saint-Nectaire, ait fait abattre à plusieurs reprises par ses gens les fourches patibulaires (gibet) de Maurin de Bréon, les gens de Maurin, pour venger leur seigneur, montèrent une expédition punitive et se rendirent nuitamment attaquer le moulin de Saint-Nectaire, probablement celui de Marsol. Les meules furent brisées et des outils volés. Bien qu’exercées après la destruction des fourches de Maurin, ces représailles firent qu’il dut en répondre et obtenir une lettre de rémission qui signa son pardon.

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Moulin médiéval

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Les MOULINS du XVIIe siècle à la RÉVOLUTION

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      Conséquence de l’habitat dispersé des montagnes, on retrouve les moulins de l’Époque Moderne égaillés entre les principaux villages, à Brion sur le ruisseau des Règes, au bourg sur la Couze, à Chaumiane et Marsol sur des ruisselets. S’agissant du moulin de Belleguette, il est vraisemblable qu’il ne s’installa au bord de la Couze que vers le XVIe siècle, une fois la sécurité revenue et après que le village de Belleguette-Haut ait quitté son emplacement médiéval traversé par le ruisseau des Règes pour descendre dans la vallée de la Couze (voir le chapitre Villages et burons abandonnés – Belleguette-Haut).

On retrouvera trois familles, les Sabatier au bourg, les Admirat, les Morin et les Loubinoux à Belleguette, enracinées dans la meunerie des décennies et parfois des siècles.

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Au pied de Mardogne : vestiges du moulin du Vernet

cliché Vinatié

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Les moulins seigneuriaux

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      Si on voit s’estomper au XVIe siècle l’interdiction faite aux particuliers de créer un moulin sans la permission du seigneur, rares furent pourtant ceux qui en eurent les moyens dans les montagnes. Sous Louis XIV, l’essor de l’activité meunière reste verrouillée par la noblesse. Un arrêt du Conseil royal portant règlement général pour tous les moulins banaux du royaume stipulait en 1673 qu’il n’était pas permis de créer un moulin dans sa propriété sans la permission du seigneur lorsqu’il existait des moulins banaux.

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  • Au bourg : les Sabatier meuniers de père en fils

Des meuniers associés

       L’entretien du moulin seigneurial du bourg placé sur un béal de la Couze (canal de dérivation) avait dû être bien délaissé par François-Gaspard de Montmorin – Saint-Hérem car, en 1661, quelques années seulement après l’arrivée de Jean ier de Laizer à Brion, le vieux moulin farinier à deux meules du bourg se trouvait « vétuste et desmoulict ». Les circonstances firent que certains, dotés de plus de courage que de moyens, décidèrent, pour exercer la meunerie, de pratiquer l’association familiale, un regroupement qui allait les aider à réunir les fonds.

      Dauphine Morin (fille de Pierre Morin et Françoise Richard) de Compains épouse de Michel Sabatier originaire de Picherande et sa sœur Charlotte Morin, femme du compainteyre Jean Chabaud « dict l’amoureux », avaient résolu de « travailler tous en communauté » pour exploiter le moulin banal du bourg. Dépourvus de biens fonds mais riches de leur esprit d’entreprise, les deux couples étaient déterminés à rénover et à d’exploiter solidairement le vieux moulin farinier du bourg et pour ce faire à acheter deux meules, un achat qui permet d’envisager que l’un des tournants était à farine et que l’autre, à huile, permettrait de travailler le chanvre et le lin.  Chaque couple finançait le projet en apportant 240 livres et devait en partager les revenus « par égale pourtion ». Pour « fere bastir et couvrir ledict moulin », ils avaient dû emprunter à Jean de Laizer et à un gros propriétaire de Compains, Antoine Ribeyre, seigneur d’Opme, qui furent remboursés. 

L’association s’élargit

      En 1678, l’association familiale se renforce quand Ligier Morin, frère des deux sœurs Morin, entre dans l’association. A la condition que Ligier renonce à la succession de ses père et mère au profit de sa sœur Dauphine et de Jeanne Chabaud, sa nièce, il pourra en contrepartie « moudre dans le moulin de Compeins appartenant a ladite soeur tous les grains qu’il consommera dans sa maison pendant sa vie […] sans payer aucun droit de mouture pour raison des grains qu’il consommera ». Ce droit, octroyé par la famille, ne concernait que ses besoins personnels, excluant ce qu’il faisait valoir dans sa métairie, auquel cas « il paiera a proportion […]  le droit de moudre, au dire d’expert ». Ligier Morin dut s’engager en outre à participer au financement de l’achat du matériel et à payer la somme de trois livres quand le temps viendrait d’acheter de nouvelles meules.

Le meunier doit payer le cens en argent

      Descendant et successeur des meuniers précédents, Pierre Sabatier est associé en 1750 à Jean Bergier pour exploiter le moulin farinier du bourg. Tenir un moulin banal (seigneurial) n’empêchait pas le paysan d’en être propriétaire, sous réserve d’accepter les contraintes inhérentes à ce type d’exploitation. Ainsi, et contrairement à une tradition bien établie, les deux meuniers se voient interdire en 1750 par Jean-Charles de Laizer de payer le cens seigneurial en nature. A la place de la farine, Sabatier et Bergier sont assujettis à porter chaque année au seigneur la somme de soixante livres à laquelle, selon le notaire, le seigneur « s’est restreint ». Laizer devait recevoir l’argent à la saint Julien (29 août) , terme de paiement traditionnel dans les montagnes.

      Cette exigence seigneuriale marque une évolution déjà constatée par ailleurs avec la corvée, rachetée par les paysans contre une somme d’argent. Le besoin constant de liquidités conduisait la noblesse à convertir en argent les redevances qu’elle avait, pour partie, reçues en nature durant des siècles. Les deux meuniers en 1750 n’ont plus le droit de payer le seigneur en nature, mode de paiement qui, pour eux aurait dû aller de soi. Pour tenir compte de leurs réticences et les faire consentir à ce paiement, on peut penser qu’un compromis avait été trouvé par le prêtre Ligier Morin, agissant au nom de Louise de Miremont et de son fils mineur Jean-charles de Laizer. Si le seigneur s’était « restreint » pour sceller l’accord à ne demander que soixante livres aux meuniers, c’était sans doute pour leur faire accepter de passer du paiement en nature au paiement en argent, les soixante livres représentant une somme inférieure au montant des cinq setiers de blé seigle habituellement livrés en paiement du cens du moulin. Un cas identique est relevé à la même date à Espinchal où Mathieu Rodde de Chalaniat, seigneur d’Espinchal, impose en 1752 au meunier Pierre Barbat une redevance annuelle en argent de 48 livres, un montant qui restera invarié en 1776.

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  • A Brion

      Ce sont deux moulins qu’on trouvait près de Brion sur le ruisseau des Règes comme semble le suggérer une sentence arbitrale de 1673 qui autorise Jean de Laizer à se réserver « son passage dans les communs des montagnes de Brion, au dessus des moulins dudit Brion et le long du ruisseau appellé l’écluse pour passer et repasser ses bestiaux en tous tems, a son plaisir et volonté ». Ces moulins, sans doute banaux, n’ont guère laissé de traces dans les archives.

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  • A Chaumiane

      Une reconnaissance établie en 1672 indique l’existence d’un moulin à Chaumiane où un petit ruisseau dévale à la sortie nord du village. Il ne semble pas y avoir eu de moulin à Chaumiane en 1359 quand Guillaume de Tinières acheta  ce hameau à Maurin de Bréon.

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  • A Belleguette : le moulin de Perrot (Pairauld, Peraud)

      Entre le bourg et la limite du Valbeleix, en un point où le débit de la rivière a été enrichi par l’apport du ruisseau des Règes, un moulin s’alignait au bord de la Couze. Construit sur le communal du village de Belleguette, le moulin dit de Perrot, fonctionnait grâce à un bief important pratiqué sur la Couze. Il fut exploité durant des décennies par la famille Admirat qui payait le cens au seigneur de Brion.

      En 1633, Jean Admirat-Pairauld résidait à Chandelières. Avec l’autorisation de Gilbert-Gaspard de Montmorin – Saint-hérem seigneur de Brion, Jean Admirat construisit dans le communal du hameau de Belleguette un moulin farinier dont il devint propriétaire et qui deviendra le plus gros moulin de Compains. Jean Admirat autorisera en 1633 Claude de Toutteville et ses héritiers à faire moudre leurs grains dans son moulin moyennant 200 livres qui devraient lui être payées annuellement. Originaires de Picardie, les Toutteville avaient acheté quelques biens à Compains, en particulier à Chaumiane. Catherine de Toutteville était l’épouse d’un gros propriétaire à Compains, le sieur de la Ribeyre, seigneur d’Opme. Les Toutteville s’éteindront au début du XVIIIe siècle.

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  • A Marsol

       On trouvait à Marsol un moulin qui « était du cens du seigneur de Saint Nectaire du fait de sa seigneurie du Valbeleix » dont Marsol faisait partie. Après moult discussions, il avait été admis que le tènement des Costes situé à environ deux kilomètres à l’ouest de Marsol était une dépendance de ce village et ne constituait pas un mas séparé. Habitées la plupart du temps au XVIIe siècle, les Costes se trouvaient soixante-ans plus tard occupées par la famille de Jean Morin qui y était fermier de François Reynaud de Marsol. Il fut alors acté  que, puisque Morin possédait quelques héritages (biens) à Marsol il serait de ce fait autorisé à faire moudre au moulin commun du village pendant le temps où il résiderait aux Costes. En contrepartie, lui et les siens seraient tenus de contribuer aux réparations nécessaires au moulin ; mais s’il venait à vendre les héritages qu’il possédait à Marsol, il se trouverait exclu du droit de mouture.

        Le moulin n’était pas toujours un lieu de convivialité où chacun venait échanger des nouvelles en attendant sa mouture, ce pouvait être aussi un moyen de contrainte. Ainsi, le droit de moudre au moulin de Marsol fera-t-il en 1790 l’objet d’une controverse entre les villageois. Au centre de ce conflit récurrent entre toutes les communautés d’habitants, on retrouve Jean Morin des Costes qui gérait un troupeau d’une centaine de moutons. Les habitants de Marsol reprochaient à Morin de transgresser la Coutume en faisant pâturer dans les communaux plus de brebis qu’il n’en hivernait de ses foins et pailles. Pour le contraindre, le moyen de pression employé contre Morin fut d’instrumentaliser son droit de moudre au moulin. A titre de représailles contre le nombre trop élevé de ses moutons, les marsoliens menacèrent Morin de l’empêcher de moudre son grain au moulin du village comme il en avait obtenu le droit. Le fautif contesta l’accusation, arguant – et il le prouvera – que ses accusateurs se livraient eux-mêmes à de multiples abus. Le procès qui s’ensuivit montra que, comme souvent, accusateurs et accusé se livraient aux mêmes violations de la coutume d’Auvergne.

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  • Dans les villages de l’Entraigues

Le moulin d’Entraigues

      Dans la paroisse de Compains, les habitants de Graffaudeix relevèrent de la seigneurie d’Entraigues jusqu’à la Révolution. Sur ces terres autrefois tenues par les Bréon, le terrier de la seigneurie d’Entraigues (XVIe siècle), montre qu’à cette date, seuls les habitants de Graffaudeix étaient « abonnés à mouldre » au moulin banal de Claude d’Urfé, proche du château d’Entraigues. Les villages voisins d’Espinat, Redondel et Groleix moulaient aux Moudeyres.

Les Moudeyres : un moulin sans meunier

      Ce moulin peu connu fut peut-être sans meuniers et construit aux frais des habitants. Jean-René Tournadre, dans son ouvrage intitulé  Egliseneuve d’Entraigues au début du XXe siècle, émet ce que nous considèrerons comme une conjecture puisque nous n’avons pu examiner les textes originaux qui sous-tendent son exposé. Selon cet auteur, faute de moulins, les habitants d’Espinat, Redondel et Groleix construisirent un moulin commun sans meunier, d’où le nom resté au lieu-dit les Moudeyres qui, en patois, désignerait les meuniers. Le moulin aurait été installé sur le ruisseau qui descend du lac de La Fage à une date qui nous échappe. Toujours selon J.-R. Tournadre, ce moulin était l’objet de disputes constantes entres ses usagers, avec même des rixes entre les communautés villageoises voisines qui s’accusaient de gaspiller l’eau, de jeter des pierres dans le bief et de venir moudre à la chandelle. Le résultat était souvent la fermeture du moulin pour calmer les esprits et éviter les procès. Antoine Faucher, agent seigneurial à Espinchal et Entraigues aurait été l’un des seuls qui sut faire régner l’ordre à Moudeyres.

      Nous avons retrouvé la trace d’un Faucher au début du XVIIe siècle. Plus tard, Moudeyres a été transformé en 1760 en un domaine que baille à ferme Armand Faucher. Pendant la Révolution, un Faucher oeuvrera activement pour que les villages de l’Entraigues soient retirés à Compains et attribués à Egliseneuve d’Entraigues.

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Les meuniers étaient-ils plus « commodes » que les cultivateurs ?

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  • Les activités d’appoint

      Les profits tirés de la meunerie n’étaient pas importants en raison des inconvénients vus plus haut. Pour s’assurer un complément de revenu, un meunier pouvait faire le commerce des grains, exercer une activité d’appoint, agricole ou artisanale. La meunerie pouvait aussi être complétée par l’affermage pour un temps donné des dîmes seigneuriales ou ecclésiastiques, perçues par hameau à Compains. Le prélèvement de la dîme devait être supérieur à l’acense pour que le meunier puisse prélever son bénéfice.

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La perception de la dîme seigneuriale par Jean Admirat

      L’opportunité d’obtenir un complément de revenu n’était pas à négliger, même quand on tenait un gros moulin comme le moulin de Pérot à Belleguette où œuvraient les Admirat. Aussi voit-on en 1699 le meunier Jean Admirat-Péraud, époux de défunte Marguerite Boudier, affermer pour quatre ans à Jean II de Laizer seigneur de Brion la perception de la dîme des hameaux de Belleguette et La Ronzière pour un montant de 294 livres, soit 73 livres par an à payer durant quatre ans. En dépit de cette activité d’appoint, utile complément de revenu, le meunier ne semble pas vivre dans l’aisance quand il dicte son testament-inventaire six ans plus tard.

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Le testament-inventaire de Jean Admirat-Péraud (15 novembre 1706)

       Les meuniers – comme leurs biens – étaient particulièrement surveillés si l’on se fonde sur la présence de Jean II de Laizer et du curé parmi les témoins quand Jean Admirat-Péraud dicte en 1706 son testament-inventaire. Celui-ci ne révèle pourtant que des possessions bien modestes. Admirat dote d’abord ses filles. Il fait de sa fille aînée Anne (13 ans) son héritière universelle (elle mourra l’année suivante). Il constitue à chacune de ses deux autres filles, Françoise et Michelle Admirat une dot de 200 livres et six brebis mères, sans aucun bovin ni le trousseau habituel. Son fils, Gérard Admirat est légitimé de 40 livres, une somme couramment laissée aux garçons. Bien que testant en présence du curé, Jean Admirat ne fait pourtant aucun leg ni à l’Église, ni aux pauvres.  Son inventaire, qu’il fait lui-même sous l’œil du seigneur et du curé, ne laisse paraître aucun objet exceptionnel. Son cheptel ne compte qu’une vache, deux bourrets (bovins âgés de deux ans) et un petit troupeau de quinze brebis. Ses terres se limitent à trois jardins et l’équipement de la maison est borné aux objets ordinaires rencontrés partout (coffre, arche, maie…). Quant à sa grange, il la laisse garnie de quelques outils agricoles et de quinze chars de foin, trois cents gerbes de seigle et trois cents autres gerbes de bled de mars. Parmi les éléments plaidant pour une relative aisance, on constate que Jean Admirat ne laisse qu’une modeste dette de six livres dues sur parole au procureur général de la cour des aides de Clermont pour l’acense d’un pré à Brion. Ce que ne dit pas ce testament, c’est que Jean Admirat était chargé d’une autre dette que le seigneur ne souhaitait sans doute pas voir figurer dans le testament.

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Dur d’être meunier quand il faut payer les dettes de Jean II de Laizer (1699-1717 et suiv.)

     Parmi les facteurs multiples qui pouvaient bouleverser la vie d’un meunier, le seigneur n’était ni le moindre, ni le plus prévisible. Quelques jours après s’être chargé de la perception de la dîme de 1699 pour laquelle il devait payer 294 livres, paiement étalé sur quatre ans, Jean Admirat se trouve contraint par Jean II de Laizer de payer immédiatement et sans attendre la fin du bail de quatre ans les 294 livres des dîmes de Belleguette et La Ronzière. Il s’agissait d’éteindre au plus vite une dette de ce montant contractée par Jean de Laizer auprès du sieur Boyer, avocat au parlement.  Jean Admirat s’engage à payer mais il ne disposant pas de la somme il ne parviendra pas à payer et sera soumis à des intérêts car l’affaire va durer des années. En 1703, il est condamné et après lui sa veuve tutrice des enfants doit encore payer 352 livres de dépens en 1712. Leur fille Françoise Admirat, qui se trouvait en 1716 être l’épouse de Pierre Morin, devenu par ce mariage meunier à Belleguette, hérite de la dette. Finalement, après la mort de Jean II, en présence de François de Laizer en 1716, un accord survient avec les héritiers de Boyer, créanciers de Laizer. Pierre Morin obtient de payer 300 livres aux héritiers « quand bon lui semblera » à raison de 50 livres par an à partir de la saint Mathieu 1717. L’affaire, qui a mis en péril les meuniers, aura duré plus de vingt ans. François de Laizer sera encore présent lors de l’accord intervenu entre Jean et Michel Admirat qui se partageaient en 1716 la succession de leurs parents. Les Admirat pratiqueront encore durant des décennies la meunerie à Belleguette où les Morin leur succèderont.

      Ligier Gouzon, curé de Compains, « suivant les us et anciennes coutumes », acensait en 1748 les dîmes de seigle, d’avoine et de paille qu’il percevait à Belleguette, à La Ronzière et au moulin de Belleguette, à Pierre et Gérard Morin, meuniers au moulin de Belleguette. La dîme d’avoine du curé devait être « dixmée » (perçue) et battue aux frais et dépens des meuniers qui devaient la porter au bourg en la maison presbytérale, comme les seize setiers de bled seigle, mesure de la ville de Besse, et trente gluys (bottes) de grosse paille pour d’éventuelles réparations à la toiture du presbytère. Cette dîme du curé n’était pas prélevée à la vingtième gerbe comme on l’a déjà vu à Compains, mais fixée à un niveau prévu à l’avance par le curé, vraisemblablement en fonction de ses besoins estimés. En année commune, le curé évitait ainsi de trop percevoir, ce qui avantageait les paysans, alors que lors des mauvaises années, son revenu restait assuré. Le risque était donc grand pour le meunier. Si la récolte avait été bonne, il profitait du supplément, mais si elle avait été mauvaise il était perdant puisque la part du curé, définie à l’avance, resterait immuable.

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Rares données fiscales

      Le rôle de 1760, établi pour la réparation du presbytère, énumère les taillables de la paroisse. Au bourg, le meunier Pierre Sabatier est propriétaire en indivision du moulin dont il ne possède que la moitié et figure parmi les plus faiblement imposés. Dans le rôle de 1768, il est qualifié « petit marchand et laboureur », sans doute son activité principale. Toujours propriétaire d’un demi moulin, il paie la même taille qu’en 1760. Son fils, Sébastien Sabatier sait signer. Au moulin de Péraud à Belleguette où se trouvait le moulin le plus actif de la paroisse, Jean Admirat  paie en 1768 une taille trois fois supérieure à celle de Pierre Sabatier.

      A l’approche de la Révolution, bien des interrogations subsistent au sujet des meuniers de Compains. Les sources sont rares, allusives ou mal renseignées et il n’est pas facile de démêler la nature des moulins qu’on suppose être tous seigneuriaux et, à l’exception du moulin de Péraud, construits sans habitation pour le meunier. Il est mal commode de saisir dans leur globalité les activités annexes que les meuniers pouvaient exercer et la part représentée par la meunerie dans leurs revenus ; pas plus qu’on ne peut percevoir quel était le temps de chômage des moulins, subordonné aux conditions climatiques ; ni le nombre de ceux qui, tout en vivant au moulin, consacraient la majeure partie de leur temps à une autre activité ou migraient une partie de l’année.

      Sans doute le champ d’action de certains meuniers a-t-il pu faire de quelques-uns des gens un peu plus à l’aise et peut-être mieux instruits que la plupart des habitants de leur village. A Compains, les meuniers semblent cependant n’avoir bénéficié que d’un niveau de vie moyen, conditionné par la faiblesse de leur moulin de montagne aussi bien que par la pauvreté ambiante.

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Les moulins sous-représentés sur les cartes du XVIIIe siècle

      Ni la carte de Cassini (vers 1760) établie peu avant la Révolution, ni la carte de Desnos (1790) où les moulins sont absents, ne signalent tous les moulins de Compains, dont certains sont pourtant documentés un siècle plus tôt. Sur la carte de Cassini (n°53), seuls sont représentés le moulin du bourg et, à Belleguette, celui de Péraud.

 

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La RÉVOLUTION

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Disparition des moulins seigneuriaux

      La survenue de la Révolution acte la disparition des banalités. Les moulins banaux effacés, c’est maintenant aux seuls particuliers que revient la détention ou la création de moulins. A partir du 15 mars 1790, la loi donne aux propriétaires le droit d’établir dans leur propriété et sur leur portion de rivière, autant de moulins à eau ou à vent qu’ils le veulent. L’État des biens de Laizer à Compains – document imprimé en 1792 par le département du Puy-de-Dôme – ne comprend plus qu’un moulin ayant appartenu à Jean-Charles de Laizer, celui du bourg. Les autres moulins seigneuriaux (Brion, Chaumiane) avaient donc disparu à cette date.

      A Brion, nul n’a donc repris le moulin banal du ruisseau des Règes, sans doute laissé à l’abandon. Pour faire moudre leur grain, les brionnais pouvaient se rendre au moulin Tartière, érigé avant 1828, situé au pied de la Motte de Brion. Mais la situation de ce moulin placé sur la rive droite du ruisseau dit L’Eau derrière, ne permet pas de le comptabiliser au nombre des moulins de Compains. Quoique très proche de la Motte, le moulin Tartière appartenait à la paroisse de Saint-Alyre-ès-Montagne qui faisait partie avant la Révolution de la baronnie du Luguet. L’état des sections établi en 1830 révèle que son propriétaire était François Tartière, un habitant du lieu-dit la cabane Tartière, un corps de bâtiment d’habitation et d’exploitation dont la maison était couverte de « tuiles des carrières du Luguet » (com. Anzat-le-Luguet). Après avoir fait faillite en 1885, un Tartière , descendant du précédent, sera saisi trois ans plus tard.

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Les habitants peuvent racheter, louer ou construire des moulins

      En 1792, le ci-devant moulin banal du bourg, « provenu de l’émigré Laizer » est tombé dans l’escarcelle de la République, proclamée le 22 septembre. Devenu Bien National de seconde origine (d’origine noble), le moulin du bourg ne put être acheté par ses cotenanciers François Laporte et Géraud Sabatier, montrant que les Sabatier, meuniers à Compains depuis le XVIIe siècle, continuent d’y exercer leur industrie. Le moulin fut donc loué par les deux associés le 2 octobre 1794 moyennant une rente foncière annuelle de 60 francs en faveur de la République, payable à la saint Julien le 9 août (12 fructidor) chaque année. Cette rente reconduisait le prix (60 livres) auquel le seigneur assujettissait quarante-cinq ans plus tôt la génération précédente. La matrice du rôle de 1797 montre que ces deux meuniers payaient toujours une cote personnelle parmi les plus basses du village pour leur revenu foncier et qu’ils n’avaient aucun revenu immobilier.

      Les symboles visibles de l’ancien pouvoir seigneurial, les moulins de Brion et Chaumiane, ont donc disparu de nos sources, comme la chapelle de Brion, tous si ruinés qu’aucun repreneur ne voulut ou surtout ne trouva les moyens de les reconstruire. Absents de l’état des moulins établi en 1792 par le département du Puy-de-Dôme, on ne les trouvera pas davantage sur le cadastre de 1828. Les brionnais peuvent dorénavant moudre au moulin de Péraud plus proche et plus accessible que le moulin du bourg ou, comme on l’a vu plus haut, chez Tartière au pied de la Motte.

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L’enquête de l’an II sur les moulins (1793)

      La réponse des élus de la commune à l’enquête de l’an II (1793) sur les moulins à Compains dresse le tableau d’une activité ingrate, difficile à exercer à temps plein et qui requiert de lourds investissements dans les montagnes où l’habitant jouit de peu de moyens. Le meunier des montagnes n’est pas un nanti.

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  • Cinq moulins à Compains en 1793

      Dans leur réponse à une enquête diligentée par l’administration révolutionnaire auprès des communes, les élus municipaux de Compains dénombrent en 1793 cinq moulins à eau sur le territoire communal. Malheureusement, ils ne nomment pas ces moulins et, s’agissant du moulin de Chaumiane il s’agira de notre part d’une supposition. On retrouve les moulins qu’on a vu fonctionner sur la Couze au bourg, à Belleguette où se trouvent déjà – peut-on penser – le complexe avec les trois moulins qu’on observera ci-après sur le cadastre de 1828. Sur le ruisseau de Marsol, on trouve un moulin en son temps construit « a frais communs » par les habitants qui en partagent les frais de fonctionnement. Quatre de ces moulins n’avaient chacun qu’un tournant et un béal (canal de dérivation). On a vu que le moulin du bourg comptait deux tournants. On ne trouve pas encore à cette date de moulin sur le ruisseau de la Gazelle.

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  • La meunerie triplement pénalisée

– Par le climat des montagnes

      Décrits dans l’enquête de l’an II comme situés « loin de toute grande route », les moulins de Compains sont montrés handicapés par la froidure hivernale et le débit fluctuant des cours d’eau l’été qui obèrent les rendements. Malgré tout, la production (il n’est pas précisé de quel moulin) était en 1793 de « douze quintaux de belle farine par jour » (le quintal faisait alors un peu moins de 50 kg), en dépit de « la sécheresse qui survient très souvent en été et empeche le travail des moulins et en hiver les glaces suspendent leur travail ». C’était cette même sécheresse qui conduisait le meunier à « aller plus loin pour rassembler et chercher des eaux et elles diminuent quelques fois au point que les moulins ne peuvent plus moudre », déploraient les élus. L’éloignement rendu nécessaire pour regrouper les eaux d’un nombre suffisant de ruisseaux est illustré par les emplacements du moulin de Péraud à Belleguette et, vers la limite nord de Compains, par celui du moulin de Barbat.

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– Par des investissements élevés

      En l’an II, chaque année, une dizaine de jours de travail devait être consacrée à l’entretien du béal et au brisement des glaces qui seuls permettaient de moudre pendant huit mois de l’année à raison d’un septier par heure (le septier, unité de mesure variable suivant les villages, valait environ 100 kg). Toujours selon l’enquête, en période de basses eaux, ce n’était plus une heure mais quatre qui étaient nécessaires pour moudre cette même quantité de grains. Sans doute s’agissait-il là de seigle, d’avoine et d’orge, les céréales produites au village. Le matériel, comme son entretien, était onéreux. Le meunier achetait sa meule qui, rendue sur place à Compains en 1793, était estimée 120 livres par les élus. L’amortissement se faisait en une quinzaine d’années, parfois même davantage.

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Par des prix faibles et des coûts de personnel en hausse

   Le droit de mouture que l’État essayait dorénavant de faire payer en argent était élevé dans certaines communes où il pouvait atteindre 1/12e ou 1/13e des grains moulus. Plus faible à Compains, ce prélèvement était fait au 1/25e  du fait que le cultivateur, qui y mettait du sien, conduisait lui-même ses grains au moulin, en rapportait les farines et fournissait l’éclairage s’il fallait moudre la nuit. En outre, depuis quatre ans selon les élus, c’est à dire depuis les premiers temps de la Révolution, la main d’œuvre était devenue plus rare, donc plus chère. Le meunier devait de ce fait payer une livre douze sols la journée de travail d’un manouvrier, alors que moudre un septier lui rapportait huit livres.

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La meunerie surveillée : la fixation du « maximum »

      La surveillance des meuniers était compliquée par la perception du droit de mouture, qui pouvait être différente d’une municipalité à l’autre et même d’un moulin à l’autre, ce qui créait pour les révolutionnaires, « une disproportion révoltante », révélatrice de l’anarchie qui se perpétuait au détriment des clients des moulins. On voulut « concilier les intérêts du meunier avec ceux du peuple ». Pour limiter les abus, il fut décidé que le meunier percevrait dorénavant le droit de mouture en argent et on voulut exécuter la défense faite aux meuniers de percevoir ce droit en nature comme aussi de faire le commerce des grains. En vain. Confrontée à l’inertie quasi totale des municipalités, l’administration révolutionnaire prit des mesures qui se voulaient drastiques. Le prix du transport « par la grande route » comme celui du prix « par la traverse »(par les chemins) fut réglementé avec celui du droit de mouture. On fixa un « maximum » au prix que pouvaient demander les meuniers qui furent informés individuellement. Ceux qui refusaient de s’exécuter étaient passibles de 1000 livres d’amende au profit de la République. Ainsi, ceux qui pendant des siècles avaient refusé le paiement en argent se voyaient, venue la Révolution, contraints de ne plus exiger de paiement en nature. Cette décision qui visait notamment à mettre fin à leur commerce des grains fut mal appliquée.

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Les meuniers, des filous ?

      Seuls des textes généraux éclairent en 1793 une situation qui reste pour le moment totalement floue à Compains, celle de l’honnêteté plus ou moins grande des « citoyens meuniers ». Ceux-ci étaient visiblement considérés comme des filous par l’administration révolutionnaire qui, après enquête, allait élaborer un nouveau cadre juridique visant à borner plus efficacement leur activité. Dans un courrier adressé le 12 thermidor an IV (30 juillet 1796) aux citoyens juges de paix et agents municipaux ou commissaires de police du Puy-de-Dôme, le commissaire du Directoire leur donnait la consigne de visiter tous les moulins  situés dans leur arrondissement « pour reconnaitre si dans la construction de ces usines il n’aurait pas été pratiqué des cachettes ou d’autres moyens à la faveur desquels les meuniers puissent détourner frauduleusement a leur profit une portion du produit des grains qu’on leur donne a moudre ». Pour étayer sa demande, le commissaire citait le cas d’un meunier qui avait pratiqué frauduleusement un trou dans la meule par lequel s’échappait la farine sans que le propriétaire puisse se rendre compte de la fraude. L’homme fut condamné à quatre ans de fers et à l’exposition aux regards du peuple.

      L’abbé Nicolas Ordinaire, dans son ouvrage sur Le Puy-de-Dôme au soir de la Révolution publié en 1804, dénombrait environ 1000 meuniers dans le département sous le Premier Empire. La profession meunière avait conservé sa mauvaise réputation et les archives montrent que les modes opératoires de plus malhonnêtes pouvaient être fort ingénieux.

      En dépit de la pression démographique,  les petits moulins de Compains ne furent pas remplacés après la Révolution par de plus grosses structures plus efficaces, bien au contraire. Reflet du manque de moyens et de l’individualisme ambiant, ce sont des petites usines qu’on verra se multiplier au fil du XIXe siècle.

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Les MOULINS du CADASTRE NAPOLÉONIEN

et leur destinée au XIXe siècle

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      Après la décision de Napoléon qui avait voulu cadastrer la France dans le but d’établir une fiscalité plus juste, les plans du cadastre de Compains furent réalisés en 1828. La commune y est découpée en sections puis en plans parcellaires détaillés, complétés en 1830 par la matrice des propriétés bâties ou non avec le nom des propriétaires et la localisation des moulins. Pour l’histoire du village, c’est une source considérable d’information (Arch. du P. de D.).

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Dix moulins à Compains en 1830

     Passée la Révolution et alors que le périmètre de la commune s’est considérablement réduit, le nombre des moulins explose et passe du simple au double. Le cadastre de 1828 montre dorénavant dix moulins et ces petites usines sont dorénavant passées sous la compétence des préfets, du service des Ponts et Chaussées et des communes.

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  • A Escouailloux

      Peu après la réunion des ruisselets issus des sources qui, au pied du Puy de la Vaisse, alimentent la Couze, on trouve au village d’Escouailloux un premier moulin farinier, celui d’Antoine Chabrut (section C n°124), habitant Escouailloux. Devenu indivis en 1882, ce petit moulin « a forme de pavillon » appartenait à Antoine Chabrut et François Geneix. Il comportait « deux tournants avec bluterie » (bluterie : tamis rotatif) et était pour partie couvert « a tuiles basaltiques », pour l’autre partie « couvert à paille ». En amont de ce moulin Chabrut, Antoine Eschavidre d’Escouailloux demandera en 1873 au préfet du Puy-de-Dôme, l’autorisation d’établir dans sa propriété un moulin à farine. Cette petite usine devait être mise en mouvement par un moteur hydraulique alimenté par les eaux d’une dérivation de la haute Couze qui servait jusque-là à irriguer sa propriété. Sous la réserve que l’eau lui serait restituée dans sa totalité, François Geneix, copropriétaire avec Chabrut du moulin d’Escouailloux, ne vit aucun inconvénient à la mise en route du moulin d’Eschavidre. Une enquête de vingt jours fut alors diligentée dans la commune pour recueillir l’avis des habitants et un ingénieur des Ponts et Chaussées vint examiner le terrain en présence de Jacques Minet maire de la commune. L’autorisation fut donnée à Eschavidre, tout en précisant qu’il ne s’agissait là que d’un droit d’usage qui ne devrait en rien modifier l’écoulement des eaux. Sans qu’on sache établir un lien de causalité avec les faits précédents, les propriétés de François Geneix (14 hectares) constituées de ses biens aux terroirs de Travais, Escouailloux, la Visade, le Clozet et son moulin, furent saisies en 1883 et vendues l’année suivante.

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Moulin Chabrut-Geneix n°124 (1828)

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  • Au bourg : l’ancien moulin sur la Couze est toujours indivis

      Placé sur un béal de la Couze non loin de l’église, le moulin Sabatier/Eschavidre de l’Ancien Régime est toujours indivis (section C de Compains n°610). Il appartient en 1830 pour moitié à Jean Eschavidre époux d’une Sabatier descendante des anciens meuniers et, pour l’autre moitié,  à François Laporte, cultivateur au bourg. En 1831, les deux meuniers copartageants figuraient au nombre des quinze compainteyres les plus imposés sans qu’on puisse dire quelle part tenait le moulin dans leurs revenus.

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Moulin Eschavidre-Laporte n°610 (1828)

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Ruines du moulin au bourg

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  • Sur la Gazelle : le moulin des « communistes »

      Les habitants du bourg bénéficièrent un temps d’un moulin commun, dit le Moulinoux. L’existence – concomitante ou consécutive à la Révolution – de ce moulin, exploité par ces « communistes », n’est pas documentée dans nos sources avant 1828 pour le moment. Il figure au cadastre sous le nom de moulin Chabaud. Il ne subsiste aujourd’hui du Moulinoux que des ruines presque indécelables au milieu d’un chaos de rochers et rares sont les habitants capables de retrouver sa trace de nos jours.

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Sur la Gazelle, le Moulin Chabaud, dit le Moulinoux n° 672 (1828)

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      Exploité dans la gorge du ruisseau de la Gazelle près d’une fontaine (source) minérale, le Moulinoux faisait l’objet d’un usage partagé entre treize compainteyres, une pratique courante pour optimiser les coûts qu’on rencontre à Marsol comme au moulin de Largilier à Saint-Alyre-ès-Montagne. Couvert à tuiles et doté d’un seul tournant, le Moulinoux appartenait en indivision à Antoine Boyer, Pierre Eschavidre, Pierre Espinoux, Jean Verdier, Jean Tartière, Pierre Espinoux Boudant, autre Pierre Espinoux Boulanche, François Blancher, Pierre Blancher, Jean Morin, Pierre Morin, les héritiers de Guillaume Morin et Pierre Chabaud. Ce moulin inspira le toponyme d’un petit sommet voisin qui était dit « suquet du moulin » (suc : sommet).

Gorges de la Gazelle

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Ruines du Moulin Chabaud, dit le Moulinoux, près d’une source minérale

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       L’un des treize copartageants du Moulinoux, Antoine Boyer, était imposé dans le rôle des patentes de la commune de Compains en 1854 en qualité « d’exploitant de moulin au bourg de Compains ». Il légua en 1854 à son fils aîné François Boyer, la moitié de sa part de ce moulin « couvert à tuiles » et un pré nommé la levade qui était muni d’un « petit béal conduisant l’eau au moulin ».

      Partager à treize un moulin n’allait pas sans tensions quand certains copropriétaires refusaient d’entreprendre les travaux indispensables. A la génération suivante, lassé par l’inertie de ses douze « communistes » qui laissaient tomber en ruine leur moulin commun, Jacques Morin voulut faire cesser l’indivision et les fit assigner en 1877 devant le tribunal pour que soit ordonnée la vente aux enchères du Moulinoux. En dépit de l’opposition des douze autres, le tribunal ordonna le 7 août 1877 la licitation de ce bien indivis qui fut mis à prix 300 francs. La vente à la bougie se déroula le 4 octobre 1878 et le moulin fut finalement adjugé 1981 francs à deux adjudicataires colicitants de Compains, l’aubergiste Jean Tartière, dit Tombe le loup, et Antoine Morin-Geneix, cultivateur à Compains.

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  • Conflit d’usage au moulin Tartière

      Faiblement alimenté par les sources venues du nord du Montcineyre et par des eaux issues de l’émissaire du lac de Bourdouze, la haute Gazelle cascade dans une gorge et alimente près du lieu-dit Roche une superbe raze qui irriguait en aval le pré d’Olpilière. Plusieurs cultivateurs qui avaient organisé l’irrigation de ce pré au moyen de fossés en établissant sur la Gazelle un très faible barrage complété d’une raze, de tranchées et de prises d’eau dites « levées », soulevèrent l’opposition de Jean Tartière, alors maire de Compains.  On trouvera les détails de cette ténébreuse affaire au chapitre Vie rurale, rubrique Razes.

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  • Sur la Couze : les moulins de Belleguette et le moulin de Barbat

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Le moulin du Pradet à Belleguette – n°568 

      Ce petit moulin appartenait à Jean Roux, habitant de Belleguette. Situé près du pont de la Couze à l’entrée du village quand on vient du bourg, le moulin travaillait avec les eaux du ruisseau des Règes descendues des montagnes de Brion peu avant qu’elles ne viennent se jeter dans la Couze.

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Belleguette – Moulin du Pradet

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Les moulins de Perrot (Péraud sur la carte IGN) à Belleguette – Section E de Chandelières

      Situés dans le bois de Sillot qui longeait Belleguette, les moulins de Perrot et leurs trois maisons furent habités tantôt par deux, tantôt par trois familles. C’étaient les moulins les plus importants de Compains. Dotés d’au moins quatre tournants, les Moulins de Perrot profitaient des eaux de la Couze enrichies par celles du ruisseau des Règes. Ils étaient exploités en 1830 par Jean Verdier « propriétaire cultivateur, chef de ménage »et sa femme Françoise Loubinoux  avec un ou plusieurs domestiques. Au recensement de 1851, Françoise Loubinoux, devenue veuve, est remariée  avec Jean Morin qui tenait le moulin voisin. Ils vivaient à Belleguette avec les douze membres de leur famille. Un dernier moulin était partagé entre Blaise Morin et les habitants de Chandelières (n°345). Plus tard, la veuve de Guillaume Loubinoux (n°347) exploitera un des moulins. Chacun de ces meuniers possédait également des bâtiments, des terres labourables, des prés et des bois. Nicolas Morin du moulin de Péraud détenait en 1880 un troupeau de quatorze moutons.

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Belleguette – Moulins de Perrot

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      Un Jean Morin était toujours domicilié au moulin de Perrot en 1878. Pour franchir la Couze il devait emprunter un petit pont de bois qui lui permettait d’accéder à la rive droite de la rivière pour se rendre à Belleguette et Compains. Après le rupture du pont en 1878, il demanda l’autorisation de couper douze hêtres dans le bois du Sillot voisin de son moulin. Il fallut trois réclamations et arriva l’avis favorable de l’administration des forêts « car aucune exploitation n’a été faite de ce bois depuis sa soumission au régime forestier qui remonte au 1er septembre 1829 ». Le pont fut donc rétabli… mais sept ans plus tard.

      Les gendres de Jean Morin, Pierre et Jean Verdier, continuèrent l’activité meunière au moins jusqu’en 1886, année où le hameau du moulin comptait trois ménages dans trois maisons qui abritaient une quinzaine de personnes. Quant aux Admirat qui n’exerçaient plus la meunerie, certains vivaient toujours à Belleguette comme Guillaume Admirat, mort en 1851. Son fils Antoine Admirat, âgé de 22 ans, est dit à cette date propriétaire-cultivateur. Dans les recensements de 1891 à 1911, les habitants du moulin de Perrot ne sont plus dits meuniers mais propriétaires exploitants ou cultivateurs.

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Le moulin de Barbat – Section E de Chandelières n° 136

      En suivant la Couze vers le Valbeleix, on croise un moulin isolé, le moulin de Barbat, dont il n’a pas été trouvé trace avant la Révolution. Ce moulin était indivis en 1830 entre Pierre Coudert et Blaise Dumergue qui, tous deux habitaient le hameau de Chandelières. En 1836, Antoine Chassard, né au Valbeleix et âgé de 28 ans était devenu meunier au moulin de Barbat avec sa femme Françoise Coudert et bientôt trois enfant (recensement 1851).

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Moulin de Barbat n°136

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     L’existence de ce moulin n’est pour le moment renseignée qu’à partir de la confection du cadastre. Le moulin de Barbat serait donc un moulin récent, ou du moins postérieur à la Révolution. On observera cependant que l’exercice de la meunerie par les Barbat remonte à des siècles. Ainsi à Espinchal en 1723, on voit le meunier Pierre Barbat faire une reconnaissance à Mathieu Rodde, gros marchand d’Ardes et seigneur d’Espinchal. Barbat reconnaissait tenir de ses prédécesseurs « en emphytéose et nouvelle vestison », (bail de très longue durée accordé moyennant le paiement d’une redevance), un moulin à seigle situé sur le ruisseau d’Espinchal. Ce bail faisait suite à une précédente reconnaissance consentie le 20 mai 1612 à François d’Espinchal, alors encore seigneur d’Espinchal, par Guillaume Bacq, un des ancêtres de Pierre Barbat. On peut donc penser que le moulin de Barbat n’était pas encore construit en 1723 à Compains mais qu’un Barbat probablement venu d’Espinchal vint construire le moulin que nous voyons toujours aujourd’hui au bord de la Couze.

      Antoine Chassard exerçait toujours en 1876 au moulin de Barbat bien que celui-ci ait été racheté vers 1870 par Antoine et Jean Dumergue qui le conserveront au moins jusqu’en 1880. Resté inhabité entre 1881 et 1886, le moulin était toujours dit moulin de Chassard en 1891 alors qu’il était habité par François Vaudable, un charbonnier de 28 ans né à Brousse qui vivait au moulin avec sa femme Marguerite Crégut, née à Saint-Floret. Le recensement les signale toujours en 1911 dans ce moulin.

      La tradition des montagnes continue de peser sur le nom de ce moulin qui, à l’instar du moulin de Péraud est redevenu désigné sous le nom de moulin de Barbat sur la carte IGN 2534 OT. Pris au début du XXe siècle, le cliché ci-dessous du moulin de Barbat montre des bâtiments imposants et qui semblent en bon état. A l’arrière-plan, derrière le personnage vêtu de noir, on peut apercevoir la roue de ce moulin hydraulique.

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Moulin de Barbat (archives de la famille Poret)

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  • Les deux moulins de Marsol n°98, n°369

La section de Marsol comptait selon le cadastre deux moulins : celui des habitants à l’entrée du village et un moulin, dit moulin Tartière.

Le moulin commun aux marsoliens

      Les habitants de Marsol profitaient du « réservoir d’eau » dit la Bonde (n°34 du cadastre), probablement empoissonné. Ce réservoir recevait les eaux venues de la Fontaine Guillaumont qui sourd au pied de la maison de Beauregard. Sortant de la Bonde vers l’entrée du village, un ruisseau alimentait le moulin de Marsol (n°98). Au-delà de ce moulin, le ruisseau devenu par endroits torrentueux, court se jeter dans la Gazelle.

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Marsol – la Bonde n° 34 – Moulin n°98

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Le moulin de Tartière

      On trouvait aux Costes-Hauts un moulin, dit moulin Tartière sur le cadastre, situé sur la para (pré) des Gazelles traversée par plusieurs ruisseaux.

Moulin Tartière n°369

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  • Un moulin disparu à Cureyre

      Comme chacun des principaux hameaux de Compains, Cureyre eut vraisemblablement son moulin. On y remarque en effet un pré dit Pré du Moulin (section D n°10 du cadastre 1828). Un lac se trouve aujourd’hui à la place de ce pré dont les abords semblent dépourvus de toute ruine de moulin.

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Resserrement du nombre des moulins à la fin du XIXe siècle

      Les recensements de la fin du XIXe siècle renvoient l’image de moulins moins nombreux et qui plus est, dépeuplés. Au recensement de 1872, seuls restent désignés meuniers, les propriétaires des moulins de Péraud et de Barbat, bien que vidés d’une partie de leurs occupants. Au moulin de Péraud, on trouve toujours la meunière Françoise Loubinoux, et sa fille Jeanne avec ses trois enfants et un seul domestique. Toutes deux sont dites chef de ménage. Le moulin de Barbat est habité par Antoine Chassard et son fils. Aucun de ces meuniers, Loubinoux comme Chassard, ne figure sur la liste des trente habitants de la commune les plus imposés en 1873, pas plus qu’on ne les y trouvera en 1881.

      Le recensement de 1891 révèle le dépeuplement du moulin de Péraud, indice de sa baisse d’activité. Le chef de famille est maintenant Jean Loubinoux, assisté d’une domestique. Jean Morin, sa femme et sa fille sont eux aussi cités. Les Chassard ont quitté le moulin de Barbat où vit, on l’a vu, un charbonnier. Le dénombrement de 1906 voit se repeupler le moulin de Péraud où s’est installée la famille Coudert dit « propriétaire exploitant » et Lachaize, un ouvrier agricole, soit onze personnes dont l’activité meunière n’est pas mentionnée dans le recensement.  Enfin, en 1936, Catherine Blanchier, chef de famille, est dite cultivatrice comme les six occupants du moulin de Péraud. Seul François Vaudable est encore dit patron meunier au moulin de Barbat qu’il occupera au moins jusqu’à 1936 avec sa famille.

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Au XXe siècle

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  • Le moulin à scie du charon Michel Babut

      Dans la première moitié du XXe siècle, Michel Babut avait construit sa maison et sa forge à la sortie du bourg au bord de la Couze et le long de la route qui conduit à Brion. Non loin, il utilisait le moulin à scie visible ci-dessous où chacun pouvait se rendre avec son bois pour le faire scier. Nous avons connu plusieurs compainteyres qui se remémoraient avoir vu fonctionner ce moulin.

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Le moulin à scie du charon Michel Babut au bourg

Carte postale éditée par Perrière

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Un détour au Valbeleix : le moulin de Sparanat

      Quand on se rend au Valbeleix, quelques centaines de mètres après la sortie de la commune de Compains, on découvre le moulin de Sparanat, un moulin probablement plus récent que les moulins de Belleguette. La bâtisse située au bord de la Couze a conservé sa roue à aubes.

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Moulin de Sparanat (Valbeleix)

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En guise de conclusion

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      On observe que l’organisation du village – par mas – jointe à un régime des vents qui imposait le moulin à eau tout en entravant durant des mois son fonctionnement, nécessita la dispersion des moulins dans les principaux villages de la paroisse. A l’exception de ceux de la Couze, les moulins furent majoritairement de petites structures fragiles, bien adaptées aux ruisseaux qu’elles flanquaient mais, de ce fait même, peu capables de s’inscrire dans la durée. Jusqu’à la Révolution, on compta cinq moulins à Compains mais, une fois secoués les carcans de l’Ancien régime, dès le premier tiers du XIXe siècle, on constate que leur nombre a doublé. La nécessité de cette multiplication interroge : individualisme, inimitiés, crainte d’être floué, on ne sait, mais on peut s’étonner de voir treize habitants de la commune préférer construire sur la Gazelle un moulin qu’ils entretiennent d’ailleurs mal, plutôt que de se rendre au moulin du bourg.

      Après que le pic du nombre des usines ait été atteint vers 1860, les moulins disparaitront un à un. Seul le moulin de Barbat sut bien résister au temps jusqu’à nos jours. Pour les autres, il est trop tard pour sauver quoi que ce soit de ce petit patrimoine industriel, souvent exploité pendant des lustres par les mêmes meuniers puisqu’on était meunier de père en fils ou en fille en embauchant le gendre. Quant à la filouterie attribuée aux meuniers, aucune source ne vient pour le moment accréditer que les meuniers de Compains étaient considérés comme des fraudeurs impénitents. Les recensements montrent enfin la disparition progressive des meuniers dont la profession n’est plus mentionnée chez les villageois identifiés dans le recensement de 1946. La roue avait tourné et une nouvelle société s’était mise en marche.

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A SUIVRE

 

 

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